Exposition
LUEURS ONIRIQUES
Samedi 11 novembre 2023 — Jeudi 21 décembre 2023
Galerie B-312
Photographie de la performance Pénombre Scintillante
Lorsque que nous plongeons dans l’écran d’un téléphone ou d’une tablette, où allons-nous ?
Les images médiatiques représentant le repos nous montrent aujourd’hui des corps auréolés par la lueur d’un écran tactile, ensorcelés par ce qu’ils voient. Les écrans s’emparent de notre sommeil, mais ils sont aussi comme le sommeil, nous laissant pour morts face au monde. Nos écrans sont les succubes modernes.—En 1896, Maxime Gorki qualifiait les premières images animées à l’écran de « royaume des ténèbres » qui « trouble et déprime. Il semble être de mauvais augure, étant saturé d’un obscur sens sinistre qui fait défaillir le cœur. On oublie où l’on est. Des visions étranges envahissent l’esprit, et la conscience s’assombrit et s’éclipse. »—Le siècle dernier fut marqué par l’infiltration progressive de la lueur des images dans nos demeures – et, à l’époque actuelle, dans la paume de nos mains –, laissant émerger la crainte que leur lumière n’obscurcisse la nôtre. Or, étant confrontés à un phénomène si omniprésent, il nous faut devenir plus curieux quant à l’attrait de tels rapports, car quelque chose prend toujours forme au sein de l’écologie relationnelle entre la lumière, les signaux, la chair, les écrans et les corps, celle qui nous produit et nous reproduit. Les médias de l’écran sont agnostiques au niveau éthique – pouvant fonctionner pour le meilleur et pour le pire –, mais notre devoir est d’expérimenter avec eux, de déceler quelque petite brèche neutralisant les forces abrutissantes de l’emprise capitaliste et ses signaux, en quête de nouvelles façons d’être nous-mêmes.
Dans Lueurs oniriques, Manon De Pauw, le chorégraphe Pierre-Marc Ouellette et leurs complices repoussent le seuil expérimental de cette relation contemporaine. Ici, toutes les affordances, toutes les potentialités qu’offrent la lumière, le toucher, la réflexion, l’ambiance et la captation, se transforment en terrain de jeux. Plutôt que de présenter des portails vers un « ailleurs », vers un autre monde, les dispositifs lumineux de cette exposition nous proposent un espace en suspension, là où quelque chose se produit.—Les questionnements gestuels de Lueurs oniriques refusent de se fixer dans la singularité et la similitude. Il s’agit d’une invitation à se laisser appâter, à amplifier l’ombre, l’univers de la demi-pensée, le geste inachevé, le premier jet, le possible. Dans les réflexions et les reflets fragmentés de cette exposition, vous êtes invités, comme dans la pénombre scintillante d’une piste de danse, à vous mouvoir dans un clair-obscur collectif où il devient impossible de discerner quels fragments, quelles impulsions, quelles attirances appartiennent à quel corps.
—Alanna Thain
Artistes et intervenant·es :
Artiste : Manon De Pauw
En collaboration avec Pierre-Marc Ouellette
Musique : Nicolas Bernier
Interprètes : Karina Champoux, Philippe Dépelteau, Luce Lainé, Mya Thérésa Métellus et Auvesa Raymond
